L’opéra de Claude et Zulimène


        Je te prends, ma Zulimène par tes paillettes de poisson.

         Je te cherchais

        pour moi-mème je voulais sentir

        tes écailles sous mes hanches,

        tes cheveux d’algues,

        les coquillages de ta poitrine.

        Je te cherchais …


Il est revenu, en effet, sur les rivages du Clain,

cherchant (bien sûr) la créature

de la mélodie en sole des profondeurs

lamentation qui empêche les cheveux

de pousser sur la lune (de son crâne).


Il descendait avec sa plume vers la ripisylve

à l’heure où les canards dorment en « rangs d’oignons ».

La nuit ce fleuve entre Charente et Vienne

ouvre grand ses raides cloisons submergées

et se laisse envahir.


Notre poète s’allonge sur la berge

étire ses membres, fume une pipe,

observe les étoiles au timide clapotis.


Une minute.


La chanteuse ne tarde pas.

Elle se hisse hors du lit

se traîne vers son flanc à la force de ses bras.

D’une main elle chasse une couronne d’algues

un collier d’escargots jaunes,

un triton et le serpent-lacet

d’une botte noyée.

Puis elle enrobe les pieds du poète

(très gracieux pour un homme)

avec sa queue en forme d’éventail flamenco.

Ils s’enlacent en silence.


Je te prends, ma jolie Zulimène.


C’est un mystère, en vérité :

par où prendre une femme-poisson ?

Mais bon, vous comprendrez …


Le matin quand il ouvre les yeux,

ses mains étincellent encore de quelques écailles

aux pâleurs de nacre.


Il lui manque une chaussette.



                            Montamisé, 6 novembre 2017