Lost


She didn’t like to follow tour guides, but rather to wander.  She wandered into East Berlin, a cross between nowhere and somewhere. Where are the lights, the crowds, the statues, the traffic? Berlin is so gray that even the architectural rendering on a baustelle, shows billowing rain clouds over the future building. The magnificent palaces one after the other stretched out along the river are shrouded in baustelle. Stone dark gray, river gray, sky gray. The Russians are selling Russian dolls and fur hats in front of the baustelle, and an accordionist is playing something in a minor key. It’s the melody for a wordless art film, about life being gray in Berlin.  She wanders along feeling melancholy, in her film noir.  


But the accordionist should be a man, not a thin young woman. He should be immensely bearded and wearing a gray knitted thing.  The Russian peddlers should give him one of their furry hats.  These are the hats that look like Siberia.  They are synecdoche for Siberia; and Siberia, code for cold, oppression, and life-long misery.  


It’s a film noir without a plot. But the sad melody is faded out too soon, and she wanders along the un-melancholy S-bahn line.  The tracks are high above the city and squeeze rudely by blackened monuments.  They shouldn’t be there, and neither should those miles of tube, carrying what, natural gas? Sewage?  That’s the former eastern block for you, what should be underground, in plain sight, and what should be in plain sight, underground.  Things unaccounted for just show up, a wall in the middle of a park, an enclosed empty square, a door going nowhere.  Maybe I am in no-mans land, the famous death strip.  I have seen it in films. It looked like this.  No-man’s land no mo.


The arches supporting the S-bahn are filled in with chic stores. One loop sells super chic knitted sweaters and decorated Christmas tree bulbs.  The next is shut and barricaded.  The next is an Antique Store leading into a Used-Book Store. One Kilo of Books for Two Marks!


She goes in, and is greeted by a noise, halfway between squawk and hello. A parakeet sits in a large cage in a dark corner.  Opposite, a little girl is perched on a book table, swinging her legs back and forth.  The bird pecks at millet stalks, and watches the girl.  He is cheerful and busy ringing bells, but is featherless from the legs down.  Naked pink skin against green feathers.  Every other minute a train goes by over-head and the whole store and everything in it rattles.  How does the store with its delicate Christmas tree ornaments manage?


In the film noir, there will be a sudden chilling chord in the orchestra, and amid the rattling, she will happen upon a Nazi text, knitted between old German-English dictionaries and children’s books.  As she leafs through the pages, the light will dim, slow fade to black and white footage -- People shouting “Achtung Achtung”, and running all over ...  She doesn’t know the book’s power, but follows hints from the talking parakeet, and smuggles it out in a dusty kilo.  The book will unravel secrets, compromise the powerful, and absolve the long dead.  But secret agents will follow her out of the bookstore and shadow her into the Italian restaurant where she decks for cover!


After spaghetti pescatore and a glass of red wine, she wishes to kiss the Italian waiter.  Which one?  Both of them?  “Where am I”, she asks in Italian.  It is not going to be possible to leave without kissing them. One is thin like a Picasso man, and the other is broad and handsome.  The Picasso has glasses, and kindly tells her where she is.  He shows her on the Guide to Berlin she has carried without consulting:


She is at Alexander Platz. He walks outside with her

to show her the way the train, and offers a gentlemanly

hand-shake as the other waiter from inside waives

goodbye and smiles.






Berlin, Saturday, November 17, 2001


Perdue



Elle n’aimait pas suivre les guides touristiques, elle préférait errer à l’aventure. Elle errait dans Berlin Est, à la croisée de nulle part et quelque part. Mais où sont les lumières, la foule, les statues, la circulation ? Berlin est tellement gris que même le rendu architectural affiché sur un baustelle (chantier) montre des nuages de pluie tourbillonnant au-dessus du futur bâtiment. Gris-pierre, gris-fleuve, gris-ciel... Les magnifiques palaces qui s’étalent le long du fleuve sont ensevelis d’échafaudages.  Les Russes vendent des matryoshka et des toques en fourrure devant le baustelle, et un accordéoniste joue quelque mélodie en mineur. C’est la mélodie d’un film d’art sans paroles, un film sur la grisaille de la vie berlinoise. Elle erre, mélancolique, dans son film noir.


    Mais il aurait fallu que l’accordéoniste soit un vieillard, et non cette jeune femme svelte. Il faudrait qu’il soit immensément barbu, et qu’il porte quelque gros pull en laine grise. Ces vendeurs à la sauvette russes devraient lui offrir une de leurs toques de fourrure. Ce sont des coiffes qui ressemblent à la Sibérie. Elles en sont la synecdoque ; emblèmes de froid, d’oppression, de souffrance éternelle.


     C’est un film noir sans intrigue. Mais la triste mélodie s’évanouit trop tôt et la femme erre le long du S-bahn et ses structures dépourvues de mélancolie. Les voies sont très haut au-dessus de la ville, et se faufilent grossièrement entre ses monuments noircis. Elles ne devraient pas être là, pas plus que ces kilomètres de tuyaux, transportant quoi ? du gaz naturel ? les eaux des égouts ? Eh bien, c’est ça l’ancien bloc de l’Est : ce qui devrait être enfoui s’exhibe, ce qu’on devrait montrer, on l’enterre. Des choses inexplicables surgissent de nulle part : un mur au milieu d’un parc, un jardin clos des murs, entièrement vide, une porte qui ne mène nulle part. Je suis peut-être dans le no man’s land le couloir de la mort. J’ai vu cela dans un film. Ça y ressemble. No-man’s land no more.


     Les arcades qui soutenant le S-bahn sont remplies de boutiques chic. L’une vend de superbe pulls en laine et des boules pour décorer le sapin de Noël. La suivante est fermée et barricadée. Plus loin encore, un brocanteur et des livres d’occasion. Un kilo de livres pour deux marks !  Elle entre, accueillie par un bruit, moitié cri perçant, moitié bonjour. C’est une perruche dans sa cage, dans un coin sombre. En face, une petite fille perchée sur une table de lecture balance ses jambes d’avant en arrière. L’oiseau picore des tiges de millet, et surveille la fille.

Il agite joyeusement le carillon, l’air affairé, mais ses pattes sont déplumées. On voit de la peau nue, rose contre ses plumes vertes. Chaque minute, un train passe là-haut et toute la boutique, et tout ce qu’elle contient, sont violemment secouées. Comment la boutique, avec ses délicates décorations d’arbre de Noël, s’y prend-elle pour survivre ?


    Dans la musique du film noir, il y aura un soudain accord glaçant, et durant les claquements et cliquetis des secousses du S-bahn, elle tombera par hasard sur un texte nazi, coincé entre de vieux dictionnaires Allemand-Anglais et des livres pour enfants. Lorsqu’elle feuillette le livre, la lumière baissera, passant lentement en fondu au noir et blanc; on entendra des cris d’Achtung Achtung et les gens courir en tous sens. Elle ne comprend pas le dangereux pouvoir du livre, mais suivant les suggestions de la perruche bavarde, elle exfiltre le volume en contrebande dans un kilo de livres poussiéreux. Le livre dénouera des mystères, compromettra les puissants, et absoudra les morts. Mais des agents secrets vont la filer à la sortie de la boutique, et la suivre jusque dans le restaurant italien où elle cherche refuge.


   Après des spaghetti pescatore et un verre de vin rouge, elle voudrait embrasser le serveur italien. Mais lequel ? les deux ? “Je suis où ? “ demande-t-elle en italien? Ce ne sera pas possible de partir sans les embrasser. L’un est mince comme un Picasso, et le second grand et beau. Le Picasso porte des lunettes, et lui dit gentiment où elle se trouve. Il le lui montre sur le guide de Berlin qu’elle a emporté sans le consulter.


   Elle se trouve Alexander Platz. Il sort avec elle pour lui montrer le chemin vers le train, et offre une poignée de main de gentleman, tandis que l’autre, de l’intérieur du restaurant la salue, et lui sourit.